mars 7, 2021

Sea Fog – Les Clandestins

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Titre Original : Haemoo

De : Sung Bo Shim

Avec Yun-Seok Kim, Park Yu-Chun, Han Ye-Ri, Seong-Kun Mun

Année: 2015

Pays: Corée du Sud

Genre: Drame

Résumé:

Capitaine d’un bateau de pêche menacé d’être vendu par son propriétaire, Kang décide de racheter lui-même le navire pour sauvegarder son poste et son équipage. Mais la pêche est insuffisante, et l’argent vient à manquer. En désespoir de cause, il accepte de transporter des clandestins venus de Chine. Lors d’une nuit de tempête, tout va basculer et la traversée se transformer en véritable cauchemar…

Avis:

Il y a un peu plus de dix ans, en 2004, Shim Sung-Bo collaborait à l’écriture d’un très grand film, « Memories of Murder« , réalisé par Joon-ho Bong, qui sera son producteur pour ce premier film que livre le réalisateur coréen.

Le cinéma coréen regorge de talents. Bien souvent, les différents que j’ai pu voir venant de chez eux ont été de pures expériences, et pourtant, malgré l’excellence de ce cinéma, il reste à l’abri du regard du grand public, la preuve en est encore avec « Sea Fog« , le premier film de Shim Sung-Bo. Un film très mal distribué, quatorze salles sur tout le pays (une blague) , car au vu de la qualité de l’œuvre, le film aurait clairement mérité un chiffre et une promotion bien plus grande, car, en pesant mes mots, ce film s’avère être une bombe ! Angoissant, percutant, étouffant, ce huis-clos en mer m’a tout simplement coupé le souffle et s’il y a bien un film à voir en ce moment, c’est bien celui-là.

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Pour Kang, pêcheur et capitaine d’un chalutier, son navire et son métier, c’est toute sa vie, mais cet amour est menacé. Les temps sont difficiles et si Kang veut garder son navire et assurer à son équipage un salaire, il va falloir qu’il se diversifie. Et c’est malgré lui qu’il accepte de se lancer dans le passage de clandestins chinois, entre leur pays et la Corée. Mais cette première traversée ne va pas du tout se passer comme prévu et très vite le cauchemar s’invite à bord.

Pour son premier film, le coréen Shim Sung-Bo a vraiment placé la barre très haute. Entre la chronique sociale et le thriller étouffant, le réalisateur ne choisit pas et mélange les deux pour un film radical, pointu, dur, asphyxiant et tout simplement brillant.

Partant comme un film qui va dépeindre la difficulté de cette communauté, le film sera très vite attachant. Le personnage principal, Kang, apparaît un peu comme un père courage, qui essaie par tous les moyens de faire vivre ses employés. On a envie de l’aimer de suite et le film s’annonce très intéressant. Le réalisateur pose un regard juste et sans langue de bois sur les difficultés du métier et de la vie de ces gens-là. Le film avait donc tout pour faire une belle chronique sociale, un peu comme si Ken Loach était parti faire un film dans le « pays des matins calmes ».

Mais ça, c’était pour sa première demi-heure, car pour la suite, le voyage va être plus que perturbant. Un accident va se produire et d’un coup le film va prendre une toute autre tournure pour devenir un survival violent en mer à l’ambiance absolument étouffante, insoutenable même. Je peux dire que le film, de par sa tension, met le spectateur à rude épreuve.

J’ai été pris par ce scénario qui est à mes yeux une perle rare, qui part très loin dans l’exploration de la cruauté de l’être humain, tant en gardant un côté très romanesque. Il est totalement fou et atrocement imprévisible et il emporte son spectateur là où il veut et comme il le veut. Et si comme moi, vous n’étiez pas vraiment au courant de ce que le film allait raconter, c’est encore mieux, car vous serez sous le choc de l’histoire. Une histoire qui donne des frissons, tant elle est sordide, d’autant plus qu’elle est inspirée de faits réels, ce qui, personnellement, m’a vraiment mis mal à l’aise.

Pour son premier film, Shim Sung-Bo n’a pas choisi la facilité non plus. Son film, pour la plus grosse partie est un huis-clos qui se passe en mer, un challenge, car si le scénario, ou le rythme, ou encore l’ambiance, ne tiennent pas la route, on pourrait très vite s’ennuyer. Mais ce n’est absolument pas le cas, car le réalisateur tient parfaitement son œuvre jusqu’à son terme et s’offre un final d’une pure beauté, aussi bien dans son histoire que dans son visuel. D’ailleurs, tout le film est magiquement filmé, avec des plans aussi inquiétants que leur beauté est indéniable.

Quand j’ai découvert la bande-annonce (qui est géniale et maintenant que j’ai vu le film, je la trouve encore mieux, car elle en montre suffisamment pour intriguer, sans rien dévoiler de son intrigue) de ce film, j’ai tout de suite eu envie de le voir pour deux raisons. La première, c’est qu’elle était bien sombre et poisseuse, laissant deviner un film violent. Et la seconde, c’est aussi à cause de Yun-seok Kim, un comédien que j’avais trouvé remarquable dans « The Chaser » et « The Murderer » deux films de Hong-jin Na et qui sont clairement à voir. Et le comédien fait froid dans le dos ici. S’il est attachant au départ, il est carrément perturbant sur la fin. Il est même flippant, tant il est puissant de charisme et son personnage est passionnant, même touchant dans ses dernières scènes. L’équipe de ce navire n’est pas en manque de talents, à commencer par la très belle révélation du film, avec le jeune Park Yu-chun, qui, face à Yun-seok Kim, va parfaitement lui tenir tête et presque lui voler la vedette. Il tient un personnage humain, touchant et d’une sincérité à fleur de peau. On ne peut qu’aimer ce personnage et suivre ce qui lui arrive, au milieu de la folie ambiante du navire,. Et puis, au milieu de tous ces hommes, il y a la belle et délicieuse Han Ye-Ri, touchante de sensibilité et de vulnérabilité.

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« Sea Fog« , c’est donc une première grande réussite pour Shim Sung-Bo. C’est un film qui décrit avec une violence inouïe les pires instincts de l’être humain. Ce huis-clos en mer s’annonce déjà comme l’un des meilleurs que j’ai pu voir. C’est un film qui est injustement très mal distribué, mais qui jouit d’un excellent bouche à oreille et je pense sincèrement qu’il a de quoi devenir culte avec les années.

Bref, j’ai pris une très belle claque qui m’a laissé sur place une fois le générique de fin arrivé. À ne pas louper donc, car ce serait vraiment dommage.

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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