octobre 25, 2021

Claire Diterzi – 69 Battements par Minute

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Avis :

La scène punk française est très rare et assez peu représentative. Il faut dire que dans un pays qui se dit ouvert à la culture, il y a finalement peu de place pour tout ce qui vient de l’underground et qui relève de la scène alternative. Hormis Les Wampas, qui ont réussi a percé la coque imperméable de la culture de masse, rares sont les groupes qui restent en mémoire si l’on ne fouille pas un peu les bacs à disques ou les méandres du net. Claire Diterzi n’est pas une inconnue dans le milieu de la musique, surtout pour les plus mélomanes. Dans les années 90, alors qu’elle faite des études en arts appliqués, elle lance un groupe de punk nommé Forguette Mi Note, qui sortira deux albums aux influences un peu électro et orientales (il faut dire que son père est kabyle). Par la suite, elle sera contactée au début des années 2000 par un metteur en scène pour écrire la musique de deux spectacles de danse contemporaine. Elle commence alors une carrière solo et sort son premier album en 2006, Boucle. Elle sera récompensée par un prix et fera la BO du film Requiem for Billy the Kid. Par la suite, la chanteuse se spécialise un peu dans des mises en musique de pièces de théâtre. 69 Battements par Minute, son sixième album, est d’ailleurs aussi une pièce de théâtre écrite par Rodrigo Garcia. Délaissant le punk, on se retrouve avec un album de chansons françaises complètement déjanté mais trop obscur par bien des égards.

Le skeud commence avec un titre aussi que la trompe d’un éléphant avec L’Avantage avec les Animaux, c’est qu’ils t’Aiment sans Poser de Questions. Et le ton est donné d’emblée avec ce titre qui est complètement loufoque et barré. Le principal problème, c’est que la demoiselle passe après Brigitte Fontaine et d’autres interprètes délurés qui se sont glissés dans cette voie. Le titre est anecdotique, obscur et ne sert pas vraiment l’album pour une intro. Fort heureusement, par la suite, le skeud s’améliore, notamment avec des instrumentalisations de très bonne facture. On ressent cet aspect punk rock dans la musique de Claire Diterzi notamment avec les intros de certains titres. Par exemple, Tu Voles de mes Propres Ailes présente une belle guitare, un rythme assez intéressant et le texte est plus accessible que pour la première chanson. Dans le même style, on peut aussi parler de 69 Battements par Minute, bien plus sombre et encore une fois avec des paroles très bizarres et qui se veulent surement poétique. Néanmoins, cet aspect dark avec une guitare discrète est plutôt plaisant et intéressant, surtout au sein d’un album aussi déroutant que celui-ci. Seconde Nature débute comme un morceau de métal, avec un riff très calme mais très sombre et on pourrait parfaitement l’inclure dans une intro de dark ou de black. Bien sûr, le titre s’en éloigne grandement, empruntant le chemin de la chanson française aérienne et planante, sans que ce ne soit vraiment poignant. Enfin, dans ce même style, il semble important de parler du titre Infiniment Petit, surement le meilleur morceau du skeud avec de vrais riffs et une rythmique vraiment intéressante doté de paroles sensées.

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Mais avec ses seize morceaux, l’album possède de nombreux défauts et malheureusement, ils sont plus nombreux que les qualités. Le principal reproche que l’on peut faire au skeud, c’est qu’il accumule des morceaux complètement barrés avec des paroles qui ne font pas forcément écho à toutes les cultures et qui restent bien trop opaques. D’autant plus que les instrumentalisations sont parfois assez bizarres, comme Vivaldi et son Ukulélé qui est presque imbuvable et surtout qui possède un horrible défaut, la transformation de la voix. Sur plusieurs morceaux, la chanteuse transforme son organe pour partir dans des aigus absolument incongrus et malvenus. On dirait d’ailleurs Alvin de Chipmunks et cela ne va pas du tout avec l’univers de l’album, déjà difficilement cernable. Enfin, on peut évoquer certaines paroles qui sont inutiles voire débiles comme Je Suis un Pédé Refoulé ou encore La Broche qui clôture l’album avec encore une fois une voix dégueulasse. Cela est d’autant plus décevant que l’on peut entendre des titres avec de gros potentiels comme Interdit de Jeter son Chewing-Gum, qui est vraiment très sympa.

Au final, 69 Battements par Minute, le dernier album de Claire Diterzi (qui a vécu dans la villa Médicis, haut lieu de culture et réservé à une élite), est assez déroutant et vise un public prévenu et habitué à la chanteuse. Mettant en avant des riffs intéressants au service d’une chanson française déjantée aux paroles auxquelles il ne faut pas nécessairement chercher de sens, l’album demeure décevant à cause de quelques scories facilement éliminables comme des changements de voix ou des instrumentalisations plus que douteuses. Bref, un album de chansons françaises pour les initiés.

  1. L’Avantage avec les Animaux c’est qu’ils t’Aiment sans Poser de Questions
  2. Tu Voles de mes Propres Ailes
  3. 69 Battements par Minute
  4. Seconde Nature
  5. Je Suis Contre l’Amour
  6. Ma Bouche, Ton Ecluse
  7. Envoie le Steak
  8. Vivaldi et le Ukulélé
  9. Mon Corps Pleure
  10. Berger Allemus Dei
  11. J’ai 30 Millions d’Amis
  12. Infiniment Petit
  13. Je Suis un Pédé Refoulé
  14. Le Distributeur de Temps
  15. Interdit de Jeter son Chewing-Gum
  16. La Broche

Note : 09/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=jCMwWey2UkE[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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