octobre 28, 2020

Inherent Vice – La Splendeur des Anderson

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De : Paul Thomas Anderson

Avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Owen Wilson, Katherine Waterston

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Policier

Résumé:

L’ex-petite amie du détective privé Doc Sportello surgit un beau jour, en lui racontant qu’elle est tombée amoureuse d’un promoteur immobilier milliardaire : elle craint que l’épouse de ce dernier et son amant ne conspirent tous les deux pour faire interner le milliardaire… Mais ce n’est pas si simple…
C’est la toute fin des psychédéliques années 60, et la paranoïa règne en maître. Doc sait bien que, tout comme « trip » ou « démentiel », « amour » est l’un de ces mots galvaudés à force d’être utilisés – sauf que celui-là n’attire que les ennuis.

Avis :

Lorsque vous annoncez qu’un nouveau Anderson vient de sortir, trois réactions sont possibles.

Pour le kéké un peu bas du front, ça veut juste dire qu’un nouveau Resident Evil est sur les écrans.

Pour les grands enfants gentiment hipster, ça veut dire que Wes est de retour avec ses cadrages étonnants, ses couleurs acidulées et son sens du rythme.

Pour les esthètes intellos enfin, ça veut dire que Paul Thomas nous offre encore un potentiel candidat aux oscars et de grandes performances d’acteur, dans un film qui n’en finit pas.

Vous en conviendrez, pour qui n’est pas un cinéphile averti, il y a de quoi se tromper d’Anderson.

Il faut dire que si ces trois réalisateurs sont extrêmement différents, ils possèdent (en plus de leur nom de famille) un point commun, celui d’user, voire d’abuser d’un style propre, quitte à frôler l’auto-caricature.

Paul W.S n’en finit plus de filmer des scènes d’action improbable et de « sublimer » sa femme dans des ralentis d’un goût douteux (lui qu’on avait connu si efficace à l’époque de Mortal Kombat, Soldier ou Event Horizon).

Wes s’amuse toujours avec le même genre d’ambiance surannée, de personnages folkloriques décalés et de plans-séquences géométriques cadrés au millimètre, gardant ce côté ludique qui l’empêche de tomber dans la redondance.

Quant à Paul Thomas, ses histoires chorales, ses plans languissants faisant la part belle à des dialogues verbeux et ses ambiances lancinantes sont désormais reconnaissables au premier coup d’œil, quand elle ne décourage pas le spectateur par un besoin de faire de « l’auteur » trop affiché (moi qui vous parle, j’ai eu du mal devant There Will Be Blood alors que j’avais A-DO-RÉ Magnolia).

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S’il n’y a plus d’espoir pour le premier (ou alors il faudrait qu’il décide d’arrêter de violer l’héritage culturel et historique mondial tout média confondus), les deux suivants ont pour eux (et pour empêcher la stagnation) un vrai travail d’auteur, un univers et des envies enthousiasmantes, et surtout une faculté à s’appuyer sur un scénario touffu qui sait donner envie avant même la première image.

C’est le cas ici, puisqu’après s’être appuyé sur un roman d’Upton Sinclair pour There Will Be Blood, PTA adapte Thomas Pynchon, peut-être moins connu dans nos contrées mais véritable monument outre atlantique.

Habitué des histoires à tiroirs et aux nombreux personnages, il se retrouve en terrain connu avec Inherent Vice, aux ramifications tellement nombreuses et opaques qu’elles demandent la complète attention du spectateur (allez pas le voir bourré quoi).

Tout commence comme une simple enquête de routine pour Doc (incroyable -une fois de plus- Joaquin Phoenix), privé hippie amateur de joints dans l’Amérique flower power des années 60. Son ancienne petite amie, maitresse d’un magnat de l’immobilier, lui demande de secourir celui-ci avant que sa femme ne le fasse enlever pour profiter de sa fortune. Une enquête qui se complique rapidement quand il se fait assommé, pour se réveiller aux côtés d’un cadavre que l’accuse d’avoir tué « Bigfoot » Bjornsen (Josh Brolin), un lieutenant hippiphobe, avant de découvrir que son ex a disparu en même temps que son richissime amant (Eric Roberts). Et comme si cela ne suffisait pas, on lui demande également de retrouver Coy (Owen Wilson), un musicien laissé pour mort il y a des années, et qui pourrait bien être mêlé à l’affaire.

Un véritable sac de nœuds dans lequel vont se croiser une assistante du procureur peu regardante sur le protocole (Reese Witherspoon), un avocat fouineur (Benicio Del Toro), un dentiste cocaïnomane (énorme Martin Short), des agents du FBI véreux, des mafieux, une clinique louche…

Bref un charivari de personnages hauts en couleur qui prennent presque le pas sur l’histoire elle-même. Non pas que Paul Thomas Anderson se désintéresse de son récit policier au profit d’une simple galerie de portraits. Le fil de l’intrigue reste le cœur du film, et le réalisateur ne s’en éloigne jamais, mais celle-ci est si alambiquée, si complexe, si touffue, et PTA semble si attaché à scruter et faire la part belle à ces personnages un peu loufoques, qu’on a vite fait de plus s’intéresser à leur évolution et leurs tête-à-tête qu’au scénario proprement dit. On finit par se laisser porter par l’ambiance et l’intrigue brumeuse, en acceptant de ne pas pouvoir démêler les fils du mystère par soi même.

C’est un rapport au film assez étrange qu’Anderson nous force à avoir, une sorte de rêve éveillé qui évite de tomber pas dans la symbolique absconse et conserve toujours une structure concrète.

Ce qui n’empêche pas le film de rester dans un gracieux décalage, comme si un nuage de cannabis planait constamment sur une intrigue sérieuse, jusqu’à dérailler régulièrement dans l’absurde au détour de certaines séquences (les quelques scènes avec Martin Short en feront pouffer plus d’un) qui auraient presque eu leur place dans un Las Vegas Parano sage.

Sage, car si l’on découvre ici un PTA qu’on n’avait pas connu aussi léger et, n’ayons pas peur de le dire, « fun » depuis Boogie Night, le réalisateur n’oublie pas ce qui a fait sa marque de fabrique et qui le passionne tant : un rythme lent, presque éthéré, des plans incroyablement longs qui font la part belle aux dialogues. À ce niveau là, les fans ne seront pas dépaysés, et les détracteurs trouveront une nouvelle dose de grain à moudre. Toujours à la limite de l’auto-parodie sans jamais tomber dedans, Anderson prend son temps, laisse tourner sa caméra, et filme la plupart des (nombreuses) entrevues du métrage en longs travellings avant, longs travellings arrière, longs plans fixes (dont une scène à la fois poignante et sensuelle entre Doc et Shasta son ex copine, interprétée par Katherine Waterston, la Emma Harrow de Boardwalk Empire).

Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes disait le sage, et de ce point de vue là PTA reste fidèle à ses velléités et à sa réalisation habituelles.

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C’est dans l’histoire, les situations et surtout les personnages (et donc les acteurs) qu’il faut trouver ce grain de folie qui l’empêche de tourner en rond. Autour de Joaquin Phoenix, détective privé volontaire et dégingandé, naviguant d’un indice à l’autre le joint au bec, pieds nus et les cheveux en bataille, sans que ça l’empêche de se déguiser et se faire passer pour autre que lui, gravite une pléiade d’acteurs tous plus charismatiques et légèrement névrotiques les uns que les autres.

J’ai déjà parlé de la performance de Martin Short, pourtant présent que sur une poignée de scènes, il faudra aussi noter celle de Josh Brolin en flic apprenti acteur élevé aux corn-flakes, la mâchoire carré et la coupe en brosse, qui devra peu à peu faire équipe avec un hippie envers lequel il n’a aucune affinité. Il sera un parfait antagoniste à Larry « Doc » Sportello, et finira par emporter le morceau lors d’un final aussi drôle qu’absurde.

Drôle et complexe, absurde et profond, Inherent Vice est un vrai mélange des genres qui pourra en laisser certains sur le carreau, lessivés par une intrigue emberlificotée et un rythme dense, mais il reste la preuve que Paul Thomas Anderson est un auteur à part entière, qui a encore la bonne idée de se renouveler un tantinet.

Note : 16/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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