octobre 26, 2020

V/H/S Viral – Batterie Faible

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De : Nacho Vigalondo, Marcel Sarmiento, Gregg Bishop, Justin Benson, Aaron Moorhead

Avec Justin Welborn, Emilia Zoryan, Emmy Argo, Dan Caudill

Année: 2014

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un groupe de jeunes gens obsédés par la célébrité filment un accident afin de mettre les vidéos sur Internet.

Avis:

Petit retour en arrière.

En 1960 sort un film de serial killer qui va défrayer la chronique.

Non, il ne s’agit pas de Psychose, le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock, mais d’un autre film d’horreur sorti cette année là : Le Voyeur (Peeping Tom) de Michael Powell.

S’il aura, avant de devenir culte au fil des décennies, beaucoup moins de succès que son homologue américain (jugé trop choquant et malsain par la critique, il marquera même le début du déclin de la carrière de Powell), Le Voyeur peut se targuer d’être parmi les premiers à embrasser le thème sordide des snuffs-movies, et étrenne un procédé de réalisation novateur, celui de décrire certaines de ses scènes de manière diégétique, à travers la caméra du protagoniste.

Une idée qui ne sera pas tombée dans l’œil d’un aveugle, puisque 20 ans plus tard, un italien choqué par les velléités sensationnaliste de la presse de l’époque, décide d’utiliser la même technique en l’appliquant à une grande partie de son film, le tout pour donner un cachet réaliste à son histoire de reporters sans scrupules partis tourner un documentaire sur les cannibales.

Cannibal Holocaust était né, et son réalisateur Ruggero Deodato venait de jeter les bases d’un tout nouveau genre, le found footage (littéralement « métrage trouvé »). Un procédé si efficace qu’il dut comparaitre au tribunal pour prouver que le film était bien une fiction, et qu’aucun protagoniste n’avait été torturé, empalé ou mangé (si ce n’est les animaux, mais apparemment tout le monde s’en fout).

Avec le scandale Cannibal Holocaust, et après la vague de mondo-movies initiée par le Mondo Cane de Jacopetti et Prosperi en 1962, le monde du cinéma découvrait la mince limite qui séparait le documentaire des scènes créées de toutes pièces, la fiction de la vérité, le frisson du suspens de l’horreur de la réalité. Une frontière si facilement manipulable et si terrifiante, qu’elle donnera naissance en 1999 à la première explosion du found footage sur les écrans, avec le film d’horreur phare des « 90’s kids » : le Projet Blair Witch.

Bien sûr il y eut entre le film de Deodato et celui de Myrick et Sanchez d’autres exemples fameux de films effaçant la frontière entre fiction et réalité, comme Les Documents Interdits de Jean-Teddy Filipe ou l’immense C’est arrivé près de chez vous, mais aucun n’aura eu l’impact planétaire et la popularité du Projet Blair Witch. Si Cannibal Holocaust avait posé les bases du genre, Blair Witch en édicta les codes et en fut pendant presque 10 ans le mètre étalon. Entièrement tourné en caméra diégétique, dans une forme très documentaire, le film appuya même son marketing sur la véracité de ses images, allant juste à soutenir que les protagonistes du film avaient bien disparus de la surface du globe.

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Le grand public découvrait que l’intimité procurée par ce procédé surpassait en terreur tous les jump-scares du monde.

Pourtant, le Projet Blair Witch, en plus d’être un colossal succès (250 M de dollars de recettes pour un coût de production entre 50 et 75 000 dollars), fut ce qu’on appelle un one shot. Après celui-là, si ce ne sont de faux snuffs rébarbatifs (notamment la série des August Underground) et autres séries B destinées au marché de la vidéo, c’est le calme plat, et il faudra attendre 2007 pour que le genre explose définitivement, avec un nouveau phénomène de société et un nouveau succès : Paranormal Activity.

Un succès qu’on peut juger incompréhensible vu la qualité du film, mais qui mènera à une multiplication boulimique de found footages qui continue encore aujourd’hui. Cette année là, et celle qui suivit, vit une série de projets ambitieux s’approprier le procédé et monopoliser les écrans. Le thriller politique avec Live!, le film d’horreur avec REC de Jaume Balaguero, le film de zombies avec le Diary of the Dead de Georges Romero, le monster-movie avec Cloverfield de Matt Reeves, et Paranormal Activity d’Oren Peli donc, grâce à ces quatre films, la mode était lancée, et la déferlante n’allait pas tarder à arriver.

Aujourd’hui, le found-footage est partout. REC a eu trois séquelles (même si le procédé a été progressivement abandonné) et un remake (qui a lui aussi eu une suite), Paranormal Activity également trois, plus trois spin-off (le dernier, the Ghost Dimension, étant prévu pour Octobre), et le genre s’est emparé de tous les styles et de tous les médias. Film d’exorcisme (le Dernier Exorcisme), film fantastique (TrollHunter), horreur spatiale (Apollo 18), science fiction sur Terre (Echo) ou ailleurs (Europa Report), comédie (Babysitting, Project X), parodie (A Haunted House), films de super-héros (Chronicle), thriller d’action (End of Watch), film catastrophe (Black Storm), les métrages parlant de dinosaures (The Dinosaur Project), de sectes religieuses (Apocaliptic, The Sacrament), de voyage dans le temps (Projet Almanac), et se déclinent en série (l’affreux The River d’Oren Peli), web-série (l’excellent Marble Hornets), jeu vidéo (Outlast) ou projet cross-media (EveryDay Hybrid).

Et bien sûr en courts-métrages. On ne compte plus sur internet le nombre de légendes urbaines et autres creepypasta mis en scènes par de jeunes vidéastes grâce à ce procédé dans le but de « faire vrai ».

C’était la porte ouverte au film à sketchs, qui a également le vent en poupe, et qui effectivement était tout indiqué pour ce type de métrages.

Ce fut chose faite avec V/H/S en 2012, une pelloche nostalgique de l’ère des vidéo-clubs qui conviait quelques uns des réalisateurs les plus en vogue autour d’un fil rouge, pas très réussi mais indispensable à la cohésion de l’ensemble.

Malgré la présence d’Adam Wingard (You’re Next), David Bruckner (The Signal) ou encore Ti West (House of the Devil), et quelques idées intéressantes, le film ne convainc pas totalement dans la diversité de ses six segments (même si personnellement j’ai trouvé ça globalement fun), mais fut un succès assez net pour commander une suite à peine les premières retombées connues.

Un an plus tard sortait donc V/H/S 2, qui s’adjoignit cette fois-ci les services de jeunes pointures comme Jason « Hobo with a shotgun » Eisener, Gareth « The Raid » Evans, et l’Eduardo Sanchez du Projet Blair Witch, en plus de faire revenir Adam Wingard.

Fort de ce casting et d’idées nettement plus fun et/ou tordues (le parcours d’un zombie capturé par une Go-Pro logée sur son casque, l’essai clinique d’un globe oculaire-caméra faisant voir des morts à son possesseur, ou le joyeux carnage de Safe Haven et sa bande d’illuminés prêt pour la fin du monde), le succès de cette séquelle sera encore supérieure à l’originale, et mènera logiquement à un troisième épisode, nommé cette fois VHS : Viral.

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Nous y voilà donc.

Et ben mes amis…

Alors qu’on aurait pu espérer une augmentation qualitative graduelle dans la continuité des deux premiers, ce troisième opus semble au contraire régresser.

Non seulement la trame principale ne suit plus les deux précédentes (qui avaient le mérite de donner une justification au visionnage des bandes, comme des individus pénétraient par effraction dans une maison remplie de cassettes et de poste de télé) avant d’essayer de se raccrocher in fine (et ridiculement) au fil de la « mythologie », mais en plus les segments se retrouvent réduits à la portion congrue (trois pauvres histoires), le casting s’est appauvri, et la qualité des segments s’en ressent énormément.

Pour tenter de donner le change, le réalisateur de la trame principale accumule les pastilles dans celle-ci, des sortes de sketchs sans queue ni tête, sans vraiment de scénario, simplement basé sur une idée (un gangster colombien s’énerve dans une soirée barbecue, un vidéaste pornographe façon bangbros se fait maltraiter par sa « victime »…) qui n’a que peu de rapport avec le reste. Qui était déjà sacrément bancal.

Constatez plutôt (pas le chien, hein)

Zach, vloggeur à la recherche de la gloire, voit un soir sa petite amie apparemment kidnappée par un camion-glace fou poursuivi par la police, alors que des vidéos semblent apparaître sur tous les appareils électroniques de la ville et « contaminer » d’une manière ou d’une autre les habitants. Zach se lance alors à la rescousse de sa dulcinée. Tout en gardant bien sûr sa caméra avec lui…

Une trame qui peine à faire une transition cohérente entre les segments, en plus de donner régulièrement mal à la tête, tant le réalisateur (Marcel Sarmiento, inconnu au bataillon) insiste pour multiplier les protagonistes armés de Smartphone et caméra filmant tout ce qui bouge.

Du coup, plutôt que de suivre une trame inquiétante dans une ambiance oppressante, on prie pour que le prochain segment arrive vite, en espérant que la qualité sera au rendez-vous.

Las…

Réalisation plate, scénario dénué d’intérêt (voire les deux), les segments de ce troisième volet ont globalement du mal à convaincre.

Dans Dante the Great, on suit l’histoire très Contes de la Crypte d’un wanna-be magicien, qui entre un jour en possession d’une mystérieuse cape lui offrant des pouvoirs illimités. Une cape qui demande malheureusement à être nourrie.

Un concept intéressant, qui se limite malheureusement à un déballage d’effets spéciaux, comme Dante échappe à la police et fait la démonstration du pouvoir de la cape. Ca se résume bien vite, après les quelques flashbacks d’usage sur l’apprentissage du magicien, à une confrontation entre Dante et la police, ou Dante et une rivale. Assez rébarbatif, d’autant que Gregg Bishop (le pourtant sympathique Dance of the Dead), se cache derrière l’argument du documentaire criminel pour multiplier les points de vue, quitte à ce que, à la façon d’un Chronicle, ceux-ci soient totalement improbables. Une manière roublarde de s’émanciper du concept pour avoir les coudées franches. Certes on y trouve quelques idées et plans intéressants, mais le film est globalement anecdotique, loin des frissons d’angoisse ou de terreur procurés par ses prédécesseurs.

Dans Bonestorm, le troisième segment, c’est encore pire. Point de structure scénaristique, de sens de la progression, de la réalisation ou du montage. Ici on colle des Go-Pro à divers endroits sur de jeunes skaters rebelles (casques, planches, épaules), on leur donne un pitch pour toute histoire (les jeunes veulent aller rider sur un site mexicain et se retrouve à se battre pour leur survie contre un culte mexicain plus ou moins mort-vivant) et roulez jeunesse, on verra bien ce que ça donne et on fera un melting-pot au montage. Au vu du gore généreux et du côté Evil Dead des maquillages, on aurait pu s’attendre à quelque chose de fou et folklorique, mais non, si on excepte le dernier plan assez sympathique, c’est le calme plat, et le film, sans vrai début ni fin, semble plus s’adresser aux amateurs de sports urbains qu’aux cinéphiles avides de films de genre. Passablement crétin, visuellement vomitif, pas vraiment drôle, le contre exemple parfait de l’intérêt du procédé.

Reste Parrallel Monsters, l’excellent segment de Nacho Vigalondo.

On se doutait que le réalisateur de TimeCrimes, Extraterrestre et Open Windows ne se laisserait pas aller à la paresse et la facilité, et nous offrirait une aventure digne de ce nom. En dire trop serait gâcher l’unique intérêt de V/H/S : Viral, aussi je la ferais courte (CTB dira le petit malin).

Parrallel Monsters voit l’histoire d’Alfonso, inventeur de génie qui crée un portail vers une autre dimension à l’exact moment où son alter ego fait de même de l’autre côté. D’un commun accord, armés de leur caméra respective, ils vont chacun explorer leur univers alternatif, avant de se rendre compte qu’au-delà des premières apparences, ceux-ci sont bien différents l’un de l’autre.

Une idée toute simple mais brillante qui réserve son lot de surprises, et qui permet à Vigalondo, malgré l’apparente banalité du procédé, de faire un remarquable travail sur le montage pour rendre crédible cette double exploration. Une technique de montage alterné qui finit par donner lieu à une pirouette scénaristique finale du meilleur goût, bref, l’honneur est sauf, il y aura au moins un excellent segment dans ce marasme audiovisuel.

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Par pure politesse, j’éviterai de parler de la fin incohérente qui tente de relier les trois V/H/S entre eux, mais qui n’arrive qu’à procurer incompréhension et lassitude, tant le tout manque d’envergure et d’intérêt.

Le film à sketch se porte bien, merci. Mais pas là.

Circulez, y’a rien à voir.

Note: 06/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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