décembre 4, 2020

Birdman – Schizophrénie Volatile

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De : Alejandro Gonzalez Inarritu

Avec Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton, Andrea Riseborough

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Avis :

Parmi les films qui ont fait parler d’eux ces derniers temps, Birdman s’impose comme LE film que tout le monde attend. Oscarisé quatre fois dont meilleur film, meilleur scénario et meilleur réalisateur, Birdman a mis toutes les chances de son côté pour devenir l’un des films de l’année. Il faut dire que son réalisateur n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Alejandro Gonzalez Inarritu, l’un des cinéastes préférés du tout Hollywood. Les acteurs se bousculent pour jouer dans ses films et il est vrai qu’il possède un cinéma à part et qu’il arrive à imposer sa patte dans tous ses films. C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnait un vrai cinéaste, à sa faculté de le reconnaître en regardant l’un de ses films sans le savoir et de se dire, tiens, mais on dirait du Inarritu. Quoiqu’il en soit, Birdman fait office d’ovni dans le cinéma moderne et il faut dire qu’il reste assez difficile d’accès, Inarritu prônant une réalisation étonnante mais restant figé avec des personnages sombres qu’il affectionne particulièrement.

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Le synopsis est assez surprenant. Riggan Thomson est un acteur has-been qui a eu du succès en incarnant trois fois de suite un super-héros au cinéma, Birdman. En grande perte de vitesse, il décide d’adapter au théâtre une pièce de Carver dans l’espoir de renouer avec le succès et de retrouver cet amour de la gloire et du public qu’il a perdu. Seulement, entre une schizophrénie dominante, une fille en perdition, des acteurs à l’égo démesuré et des problèmes d’argent, rien ne va se passer comme prévu. Il va alors repenser à sa vie, son passé et partir de plus en plus vers une folie douce.

La première chose qui frappe dans ce film, c’est la réalisation. Quand on regarde Birdman, on a l’impression que tout le film est en plan-séquence. Il n’y a aucune coupure, aucun fondu, tout se suit sans jamais s‘arrêter. C’est très intéressant à voir et cela relève du génie et prouve que le film bénéficie d’une écriture incroyable. En fait, le réalisateur arrive à suivre différents personnages tout en se raccrochant par la suite à un autre ou en faisant des ellipses temporelles continues. Là-dessus, difficile de reprocher quoique ce soit au film. Le seul petit problème, c’est que cela peut dérouter plus d’une personne et le rythme en devient presque frénétique, ce qui peut fatiguer à la longue et empêcher les personnes de rentrer dedans. C’est une expérience assez unique mais qui peut ne pas plaire.

L’autre point fort du film provient des acteurs. Michael Keaton (qui s’est fait coiffer au poteau par Eddie Redmayne pour les oscars) est complètement habité par le personnage et fournit une prestation sans faille. Tout au long du film il oscille entre le détestable et le touchant, montrant un personnage torturé par son propre égo et son désir de reconnaissance. C’est très intelligent d’avoir choisi cet acteur pour incarner une ex-star du cinéma de super-héros, Michael Keaton ayant lui-même interprété Batman et connu une traversée du désert dans les années 90/2000. On appréciera aussi Edward Norton dans le rôle d’un acteur capricieux ou encore Zach Galifianakis, complètement à contre-emploi et pas du tout drôle. Bien entendu, Emma Stone est parfaite et Naomi Watts complète parfaitement un joli tableau féminin. Là aussi, il est difficile de reprocher quoique ce soit au métrage.

Mais le film n’est, à mon sens, pas aussi irréprochable que cela. Pour la bonne et simple raison que tout est lourd dans le film. Le propos est tellement appuyé, tellement assombri qu’il en devient pataud. Tous les personnages sont des caricatures dépressives entre le comédien en mal de reconnaissance, la fille à moitié toxico qui se cherche, l’acteur à succès capricieux, l’actrice bête comme ses pieds, le meilleur ami menteur, bref tous les personnages ont des vices, les utilisent et montrent à quel point l’être humain est vide de sens. C’est tellement sombre que cela en devient presque gênant et ennuyeux. Parce qu’il faut dire ce qui est, le film, de par la lourdeur et l’ineptie de ce qu’il raconte, est chiant et très verbeux. Le film n’arrête pas de parler, parfois pour ne rien dire, parfois pour balancer une vanne, mais le tout est bien trop bavard et brouillon.

Enfin, il est difficile de ne pas voir les principales critiques que fait Inarritu dans ce film, faisant surement passer ses points de vue au travers du film. On aura droit à la critique de la critique, qui est une véritable connasse, cassant gratuitement et sans vergogne. A ce moment-là, le réalisateur en profite pour placer quelques répliques cinglantes à l’égard des critiques de film ou de théâtre, disant que ce sont des artistes ratés qui se sont reconvertis dans l’aigreur de l’écriture. Ce à quoi on peut répondre par la négative. Mais finalement, le plus gênant provient de sa position quant aux blockbusters. Sur la fin du film, sans spoiler, Birdman demande à son alter égo de faire un quatrième film, pour le public parce que c’est ce qu’il attend, en fournissant des explosions, un scénario basique, etc… Cette vision du blockbuster pop-corn débile est assez effarante parce qu’aujourd’hui, on arrive à avoir autre chose que du blockbuster imbécile et la prise de position du réalisateur flirte presque avec la jalousie ou alors pour complaire à une intelligentsia qui se ruera dans les salles en se gargarisant de ce nouveau film. D’ailleurs la séquence au ralenti avec un robot ou un Spiderman au rabais se battant sur scène ridiculement appuie encore une fois lourdement ce propos désinvolte.

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Au final, Birdman n’est pas un film inintéressant et il n’a pas volé ses oscars dans les catégories voulues, mais il reste tout de même assez obscur sur bien des points et certaines facettes sont presque décevantes. A force de vouloir en faire de caisses pour appuyer sa noirceur, Inarritu livre un film long, lourd et qui s’adresse certainement à un public aimant dire qu’il a vu un film intelligent au cinéma malgré une fin plus que convenue. Bref, un film inégal et qui ne plaira pas à tout le monde.

Note : 08/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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