décembre 5, 2020

American Sniper

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De : Clint Eastwood

Avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre : Biopic, Guerre

Résumé :

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

Avis :

Le biopic est devenu un genre à part entière dans le cinéma moderne. Il faut dire que les hommes et femmes célèbres dont la vie mérite d’être mise en lumière sont nombreux et permet d’avoir des films souvent éblouissants. Entre les héros de guerre, les comédiens à la vie tumultueuse, les destins extraordinaires de gens ordinaires, il y a de quoi raconter. American Sniper est un pur biopic sur un héros de la guerre en Irak, qui est rentré dans la légende en tuant près de 200 personnes, ce qui est un record dans l’armée américaine. Alors forcément, entre un patriotisme exacerbé et la volonté de mettre en avant ses héros de guerre alors que le terrorisme faite rage, il fallait à tout prix faire un film sur ce Chris Kyle.

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Le scénario s’inspire donc du livre de Chris Kyle, dans lequel il raconte ses exploits en Irak mais aussi les difficultés de vivre avec sa femme une fois de retour de mission. D’abord dans les mains de David O. Russell puis de Steven Spielberg, qui abandonna le projet faute de budget, c’est Clint Eastwood qui accepta de faire le film, à la joie de Bradley Cooper et Chris Kyle, qui sont fans du cinéaste. Ayant déjà réalisé des films de guerre comme Mémoires de nos Pères, Lettres d’Iwo Jima ou encore Le Maître de Guerre, Clint Eastwood semble être le cinéaste idéal pour ce projet. Et si dans la forme le film est parfait, le fond reste tout de même assez douteux.

Chris Kyle est un jeune texan qui fait partie d’une famille aimante, très croyante et relativement traditionnelle. En grandissant, il devient cowboy avec son jeune frère jusqu’au jour où il voit deux ambassades américaines attaquées. Il décide alors de servir son pays et de protéger le monde. Il s’engage dans les SEALS et suit une formation de tireur d’élite. Il entrera alors dans la légende en tuant de nombreuses victimes sur le sol irakien, ce qui lui vaudra le respect de ses pairs. Parallèlement, il va se marier avec Taya et avoir deux enfants, mais son complexe de Superman le rattrape et à chaque fois qu’il rentre, il ne pense qu’à repartir sur le champ de bataille pour sauver des soldats.

Clint Eastwood n’est pas un débutant et il assure toujours derrière la caméra. Tout comme Martin Scorsese, on peut voir avec American Sniper qu’à 84 ans, le monsieur a encore la pêche et un sacré sens de la mise en scène. Commençant son film par un flash-forward, Clint Eastwood montre son sens de la dramaturgie et le rapport qu’il fait entre un passé et une éducation et un présent. En effet, ce n’est pas un hasard si Chris Kyle est devenu sniper dans les SEALS, son père lui annonçant lors d’une partie de chasse qu’il possède un don pour tirer de loin. Sens de la dramaturgie, certes, mais le réalisateur possède aussi un sens du rythme et les scènes de fusillade ou de guérilla sont prenantes et vraiment bien foutues. Il faut dire que les 2h15 de film passent comme une lettre à la poste, alternant entre les scènes de guerre et les passages difficiles où le militaire rentre au pays et reste avec sa femme. Passages plus intimes d’autant plus importants qu’ils apportent une dimension psychologique au personnage, souffrant d’un syndrome post-traumatique de la guerre. Encore une fois, Eastwood éblouie par sa maîtrise technique et sa photographie ainsi que son sens du montage. Gardant la même équipe technique depuis Créance de Sang, on peut dire que l’équipe a fait ses preuves, même si les derniers films du maître sont un peu décevants à l’image de J. Edgar ou Au-Delà. Bradley Cooper est quant à lui excellent dans le rôle de ce héros, jouant à la perfection, s’échappant ainsi de son rôle de beau gosse habituel.

Seulement, si le film est parfait dans sa forme, il n’en est pas de même dans le fond. D’ordinaire, et même si Eastwood est un pur républicain (et il ne s’en est jamais caché), ses propos dans ses films sont très nuancés. Il l’a déjà prouvé dans le passé avec des films comme Le Maître de Guerre qui reste sombre mais qui est très nuancé dans le relationnel entre les militaires et leurs cibles, ou encore dans Mémoires de nos Pères, donnant lieu à Lettres d’Iwo Jima, montrant le conflit de deux points de vue ennemis, avec une certaine justesse dans les propos. Même Gran Torino était très nuancé, où chaque ethnie possède ses bons et ses mauvais côtés. Le problème avec American Sniper, c’est qu’il n’y a aucune nuance. On a d’un côté un demi-Dieu protecteur et efficace, militaire exemplaire et père de famille aimant, ayant des soucis psychologiques dus à la guerre et aux meurtres d’enfants, et de l’autre, on a les terroristes, les arabes, qui sont d’affreuses bêtes n’ayant aucune limite. Et ce sera un festival entre le boucher qui aime tuer les enfants à coups de perceuse ou encore le sniper ennemi qui sourit dès qu’il tue un militaire américain. Cette diabolisation est relativement gênante, car elle montre une certaine position de la part du réalisateur.

A la vision dudit film justement, le spectateur sera assez mal à l’aise sur cette prise de position. Bien évidemment, on est face à un film américain et donc il faut bien cibler les grands méchants, les terroristes qui terrorisent le monde. Sauf que là, les traits sont très appuyés, le moindre enfant étant un danger potentiel à l’image de ce petit qui récupère un bazooka et qui vise les soldats américains, signe d’un endoctrinement forcé. Seulement, cette prise de position est assez surprenante de la part de Clint Eastwood et avec un peu plus de nuances, le film aurait été meilleur. Concernant Chris Kyle, on est proche d’un récit hagiographique, un film à sa gloire dans lequel l’homme ne possède quasiment pas de défauts. Les moments de prise de conscience sur la guerre ou de traumatisme sont seulement vus lorsqu’il est seul avec sa femme et que le couple ne va pas bien. Malheureusement, ces passages sont assez vite balayés pour permettre au réalisateur de retourner sur le front pour proposer des passages nerveux et superbement réalisés. Ainsi, si la dimension psychologique est abordée, elle reste mineur dans tout le film, mais toujours à la faveur de militaire, que l’on doit obligatoirement aimer.

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Au final, American Sniper ne sera pas le meilleur film de Clint Eastwood. Si au demeurant la forme est excellente et que le film se révèle efficace dans sa mise en scène et sa photographie éclatante, on ne peut pas en dire autant du fond. Récit à la gloire de Chris Kyle sans aucune nuance avec d’un côté les très méchants arabes et de l’autre les gentils G.I, on sera assez étonné de voir que le grand Clint Eastwood ne propose pas une vision plus trouble du personnage. C’est assez dommage surtout quand on sait que ce fameux soldat se vantait d’avoir tué femmes et enfants et qu’il est mort de la plus bête des façons, sous les balles d’un jeune soldat souffrant d’un syndrome post-traumatique alors que Chris Kyle essayait de l’aider. Un film efficace donc, mais qui aurait gagné à être bien meilleur avec un fond moins patriotique.

Note : 14/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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