septembre 28, 2020

La Nuit des Morts-Vivants

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Titre Original: The Night of the Living Dead

De : George A. Romero

Avec Duane Jones, Judith O’Dea, Karl Hardman, Russel Streiner

Année : 1968

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Chaque année, Barbara et Johnny vont fleurir la tombe de leur père. La route est longue, les environs du cimetière déserts. Peu enclin à prier, Johnny se souvient du temps où il était enfant et où il s’amusait à effrayer sa soeur en répétant d’une voix grave : « Ils arrivent pour te chercher, Barbara. »
La nuit tombe. Soudain, un homme étrange apparaît. Il s’approche de Barbara puis attaque Johnny, qui tombe et est laissé pour mort. Terrorisée, Barbara s’enfuit et se réfugie dans une maison de campagne. Elle y trouve Ben, ainsi que d’autres fugitifs. La radio leur apprend alors la terrible nouvelle : des morts s’attaquent aux vivants.

Avis :

Il y a des noms qui ont fait la légende du cinéma d’horreur. Entre un certain Sam Raimi, un petit Peter Jackson ou encore un inconstant Wes Craven, il y a un cinéaste qui s’est taillé une réputation de fou furieux avec un style bien particulier, le zombie. Impossible d’évoquer George Romero sans ses films sur les morts-vivants. Maintes fois refaits, rarement égalés, les films de zombies du monsieur ont tous une portée politique bien plus vive que ce que l’on croit et si les prémices de ce genre reposent sur quelque chose d’intelligent, ce n’est pas ce que l’on fait aujourd’hui qui arrivera à la cheville du premier film de Romero. En effet, c’est en 1968 que sort La Nuit des Morts-Vivants, chef d’œuvre intemporel qui va poser les bases du survival et du film de zombies. Mais pourquoi ce film a-t-il une porte si politique ? Quelles critiques visent le cinéaste au travers de son œuvre ? Le film est-il toujours aussi bon ? Petit retour aux sources avec de la carcasse putréfiée !

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Un carjacking bien particulier, c’est la conductrice qu’il veut, pas son sac !

Il est assez délicat de critiquer des films qui ont maintenant plus de 40 ans car l’évolution est toujours là et parfois, certains films ont pris un gros coup de vieux. Seulement, les films les plus bons sont intemporels et heureusement pour nous, La Nuit des Morts-Vivants en fait partie. Le début résonne comme un drame classique. Un frère et une sœur viennent se recueillir sur la tombe de leur père alors qu’un homme titubant s’approche d’eux. Il attaque alors la jeune femme et violente son frère qui est laissé pour mort. Elle court et se réfugie dans une maison qui a l’air abandonnée. Elle rencontre alors Ben, un afro américain qui va prendre les choses en main et barricader toute la maison pour empêcher ces êtres bizarres d’entrer. Ils découvrent alors dans la cave deux couples et une petite fille malade. Les conflits commencent puis, grâce à un poste de télévision, les informations arrivent, les morts se relèvent et mangent la chair des vivants. C’est dans ce contexte si particulier et aujourd’hui si familier que Romero va enclencher une histoire simple, un huis-clos étouffant et une critique acerbe du monde de l’époque (qui n’a pas trop changé de nos jours…). Souffrant d’un budget famélique, seulement 100000 dollars, le réalisateur va rivaliser d’ingéniosités pour faire tenir son histoire et son climat dans une ambiance particulière.

En effet, même si l’histoire est nantie d’une histoire fort simple avec des survivalistes, Romero va insérer des éléments qui demeurent inquiétant, étouffant, mais aussi conflictuels et politiquement incorrects. Ainsi, il va mettre en avant un héros black, alors que les Etats-Unis sont dans une période très raciste, où le noir est considéré comme inférieur. Il crache ainsi à la gueule de tous ces politiques presque hitlériens et propose une image différente du noir, le sublimant en héros de guerre, cherchant des solutions, se montrant intelligent et surtout courageux et altruiste. Mais ce n’est pas tout, il montre aussi la faiblesse de certaines personnes qui ont soif de pouvoir mais qui n’ont pas les couilles de l’affronter. C’est le cas du père de famille, vieux roquet qui ne mérite que du mépris. La rivalité entre les deux hommes va se refléter dans l’ambiguïté du personnage jeune qui souhaite aider le black, sans trop se mouiller, mais dans lequel Romero place tout de même une certaine espérance, montrant qu’ainsi la jeune génération peut changer les choses. Et finalement, La Nuit des Morts-Vivants, c’est tout ça, c’est la critique de la politique de l’époque, de tous ces américains bien pensant, au penchant raciste et conservateur, de la société actuelle qui ne vit qu’au travers la télévision, simulacre de vie dépassé et menteur. Bref, Romero propose quelque chose d’intelligent et de profondément étouffant, car ce petit monde doit vivre ensemble dans une maison isolée et ce n’est pas si facile.

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Les femmes ne sont vraiment pas douées pour le bricolage !

Malgré le faible budget, Romero a su s’entourer de grands acteurs, franchement pas connus pour l’époque. Ainsi, le plus grand rôle, celui de Ben, le Black héros au destin si funeste est attribué à Duane Jones, qui s’en sort plus que bien. Profondément ancré dans son personnage, il reste vraiment très crédible et on s’attache rapidement à cet homme qui prend très vite les choses en main. Pour donner la réplique à cet acteur, on aura droit à Karl Hardman, petit américain dégarni au caractère fourbe et faux. L’acteur est très investit dans son rôle et demeure vraiment détestable. C’est d’ailleurs le conflit entre les deux personnages qui sera le moteur du film et le point névralgique de la conclusion. De ce fait, et dans une Amérique raciste, George Romero impose sa vision en forçant plus ou moins le spectateur à prendre en affection le héros noir du film et à détester l’homme américain. On retiendra aussi la prestation de Judith O’Dea, la jolie blonde traumatisée par ce qui est arrivé à son frère mais aussi par tous les évènements. Le regard hagard et l’expression creuse, elle joue parfaitement le personnage qui a tout perdu et qui ne ressent plus rien. Le petit point noir vient du jeune acteur et de sa compagne qui joue assez mal malgré leurs rôles importants et l’esprit qu’ils incarnent, puisqu’ils sont l’espoir du film, reniant tout aspect de race ou de couleur. Enfin, la petite fille reste particulièrement choquante.

Bien entendu, comme il s’agit d’un film d’horreur, on peut s’attendre à des effets gores, surtout que quelques années auparavant, un certain Herschel Gordon Lewis était passé par là avec 2000 Maniacs ! Mais Romero ne joue pas tellement sur le dégout et sur le gore. Certes, il y en a un peu, mais il faut dire que le noir et blanc attenu pas mal le côté sanglant. D’ailleurs, le premier zombie atteste du peu d’intérêt que porte Romero pour le gore, car il reste très sobre et ressemble à n’importe quel quidam malgré son attitude lente et agressive. En fait, le réalisateur veut montrer quelque chose qui est au-delà du monstre, en représentant le zombie comme un être humain dénué d’émotion, un peu comme dans notre société robotisée, où seule la consommation prévaut, sauf que pour le zombie, la consommation, c’est la chair fraîche. Il aborde aussi le thème de la peur de l’étranger, de ce que l’humain en connait pas et donc de l’agressivité qu’il va dégager. Cela fait peur d’un point de vue psychologique. Bien entendu, le vieux barbu n’oublie pas de mettre un peu de sang et de politiquement incorrect avec la jeune fille qui bouffe son père et qui tue sa mère ou encore avec la présence du cadavre à moitié dévoré dans la maison. Enfin, l’utilisation du noir et blanc est très judicieux et le jeu des ombres est vraiment bien utilisé.

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A force de bouffer des hamburgers, il doit pas être dégueu le père…

Au final, La Nuit des Morts-Vivants représente la base de tout ce qui a été fait en matière de zombies jusqu’à présent. Posant les repères du film d’horreur intelligent et dérangeant, Romero signe un film culte, qui fera date dans le cinéma de genre. Si toutes les productions d’aujourd’hui pouvaient être de cet acabit, on serait moins cons et le septième art se porterait mieux ! Bref, un film à voir avec une fin nihiliste au possible !

Note : 17/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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