octobre 28, 2020

Imitation Game

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Titre Original : The Imitation Game

De : Morten Tyldum

Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode, Mark Strong

Année: 2015

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Biopic

Résumé:

En 1940, Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Avis:

Il aura fallu presque 50 ans pour que les travaux d’Alan Turing et son implication dans la victoire des Alliés sur les forces de l’Axe commencent à être révélés au grand jour. Et une vingtaine d’années de plus pour que le cinéma daigne s’approprier son histoire et la partage au plus grand nombre.

Et pourtant Turing est, avec Nikola Tesla, un des acteurs les plus cruciaux des 19ème et 20ème siècles, et il partage avec lui une vie tragique et un oubli immérité.

Père de l’informatique, ce mathématicien de génie fut celui qui réussit à casser Enigma, la machine de codage allemande, et sans qui la seconde guerre mondiale n’aurait probablement pu être gagnée, ou en tout cas pas si vite.

C’est cette histoire qui est racontée dans Imitation Game.

Ou plutôt, c’est à travers ce chapitre de l’Histoire du monde que le réalisateur Morten Tyldum (Headhunters) nous conte le destin d’Alan Turing, homme de sciences génial, si fragilisé par la vie qu’il en devint presque asocial.

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Car si le fil rouge du film est bien la lutte invisible entre un groupe anglais d’élite et les codeurs nazis, et leurs efforts pour créer une machine capable de décrypter Enigma, c’est bien de Turing qu’il est question. De ses peurs et ses doutes, de ses différences et son anticonformisme, à une époque où il ne faisait pas bon de sortir du rang, et de tout le processus qui le mena à devenir un héros de l’ombre, avant de connaître un destin beaucoup moins glorieux. Si le titre comme la promotion du film restent centrés sur cette guerre dans la guerre, et la création de « Christopher », machine qui ouvrira la voie à l’ère des ordinateurs, c’est pour mieux révéler, par un habile jeu d’allers et retours dans le temps, les prémices et les conséquences de cette victoire sur son instigateur.

Le film débute d’ailleurs bien des années après la guerre, lorsque après une effraction chez le citoyen britannique anonyme Alan Turing, un policier suspicieux décide d’enquêter sur cette victime qui ne veut pas qu’on l’aide et qui semble « cacher quelque chose ». Et le métrage de ne cesser ces vas et viens entre son heure de gloire pendant la guerre, les recherches de la police londonienne à son encontre au début des années 50, et son enfance de souffre douleur à haut potentiel, qui le mènera autant à s’intéresser aux messages codés qu’il définira son comportement en tant qu’adulte.

Une structure et un montage diablement efficace, jamais brouillon ou redondant, qui fait sans cesse rebondir l’histoire et apporte de nouveaux éclaircissements au fur et à mesure des révélations. Des procédés techniques qui permettent également d’apporter un peu de piquant à une réalisation sobre et académique, qui laisse la part belle au casting. Et c’est un sacré casting, puisqu’outre un Benedict Cumberbatch tellement omniprésent sur les écrans qu’on finit par prononcer son nom correctement, on y trouve l’étrange Matthew Goode en champion d’échec ambivalent appelé à la rescousse, Charles Dance dans le rôle du commandeur Denniston, chef de la Government Code & Cypher School pendant la guerre, et Mark Strong dans celui de Stewart Menzies, discret chef du MI6. Sans compter la présence féminine de Keira Knightley qui, loin de faire la potiche, campe Joan Clarke, pro du décodage à hauteur d’hommes à une époque où les femmes étaient au mieux paternalisées, au pire gentiment méprisées. Et grande amie et inspiration d’Alan Turing pendant leur séjour à Bletchley Park.

C’est cette relation sentimentale, forte, sans jamais tomber dans la guimauve amoureuse, qui donnera le ton du métrage, comme un miroir de l’amitié d’enfance incroyable qui scellera plus ou moins l’avenir du mathématicien. Décidé à la garder à ses côtés, tant pour ses capacités intellectuelles que pour sa présence réconfortante, Turing fera tout pour la protéger et lui permettre de s’épanouir dans un monde qui la ramène constamment à ses devoirs de femme.

Si elle n’était pas aussi exceptionnelle (en plus d’être vraie), la grande Histoire d’Enigma passerait presque au second plan face à la petite histoire de cet immense bonhomme, incapable de se faire pleinement comprendre tout en cherchant désespérément à ne pas rester seul. Et je vous laisse sciemment quelques zones d’ombre pour ne pas gâcher la surprise des spectateurs peu familier avec la vie du personnage principal.

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On pourra toujours arguer que le film, s’il se conforme point par point à la réalité historique, n’est pas entièrement fidèle au personnage d’Alan Turing, exagérant ses manies, et son comportement factuel à contretemps des habitudes sociales, jusqu’à en faire une sorte de Sherlock Holmes fragile (ou de Walter O’Brien de la seconde guerre mondiale pour ceux qui regarde l’excellente série Scorpion). Cela étant dit, à moins d’être un spécialiste du protagoniste doublé d’un incurable puriste, on pourra aisément passer outre cette incartade, tant celui-ci, esprit brillant meurtri et perclus de failles, provoque l’empathie et permet de mieux comprendre un épisode méconnu de la Grande Guerre. Et surtout de mettre un nom sur celui qui résolut Enigma, devenant, sans jamais pouvoir en profiter, « l’Homme qui gagna la guerre ».

Note: 17/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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