Timbuktu

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De : Abderrahmane Sissako

Avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara

Année : 2014

Pays : France, Mauritanie

Genre : Drame

Résumé :

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.
En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.
Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée.
Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Avis :

« Timbuktu« , sorti début décembre 2014, fait l’effet d’une petite bombe. Du réalisateur Abderrahmane Sissako, à qui l’on doit « Bamako » avec Aïssa Maïga, le film attire toujours du monde en salle près de deux mois après sa sortie. Traitant du djihadisme, sujet épineux et terriblement d’actualité depuis les événements liés à Charlie Hebdo, le film véhiculé par un excellent bouche à oreille en est presque à six cent mille entrées chez nous et il n’a pas l’air prêt de s’arrêter en si bon chemin.

Sortie discrète pour ce très beau film qui vaut carrément le coup d’œil. Pour son quatrième film, le réalisateur Abderrahmane Sissako a choisi de traiter d’un sujet sensible et engagé. C’est avec une pudeur intense, une caméra sensible et avec un sens de l’humour étonnant, que le réalisateur dénonce la bêtise et l’horreur, la terreur de l’islamisme extrême. « Timbuktu » résonne comme un film intelligent et nécessaire, qui personnellement m’a beaucoup captivé de bout en bout, mais sans me toucher.

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Tombouctou est une ville tombée sous les armes et les lois d’extrémistes religieux. Les habitants de la ville vont subir les changements que le régime exige. Des choses simples, comme la musique, le foot, les cigarettes et les appels téléphoniques sont maintenant proscrites. Et chaque personne qui viole les lois est punie en conséquence. Alors que chacun essaie de s’adapter, essaie de trouver quelque chose à quoi se raccrocher, les destins de plusieurs personnes vont se croiser et changer à tout jamais. Non loin de là vit Kidane et sa famille vivant paisiblement dans une tente, mais des événements et les lois extrémistes ne vont pas tarder à les retrouver.

« Timbuktu » est un film très différent de ce à quoi je m’attendais. Un peu comme un film choral, il va suivre les destins croisés de plusieurs personnes, que ce soit les oppressés, comme les oppresseurs et va dresser un portrait aussi courageux que dur et qui dénoncera sans langue de bois la bêtise, que dis-je la monstruosité du djihadisme religieux et le courage, la bonté et surtout l’espoir et l’amour de l’être humain. Personnellement, j’ai trouvé que « Timbuktu » était un film assez éprouvant à suivre dans le sens où le film est très dur dans ce qu’il nous raconte. Le scénario est beau, profond et pertinent. Toutes les petites histoires que l’on suit sont toutes très bien écrites, jouées et pensées, surtout qu’à plusieurs moments, le réalisateur,dénonce la bêtise des djihadistes, incapables de suivre leurs propres règles. Ce qui donne une vision jouant parfaitement sur le terrifiant de par la situation dans laquelle les personnages vivent, mais aussi le grotesque de ces interdictions aussi stupides que navrantes. Et le tout fait froid dans le dos et nous ramène à nos vies et nos plaintes égoïstes. Impossible de ne pas y repenser en sortant de la salle, impossible de ne pas y réfléchir, « Timbuktu » résonne en son spectateur et c’est ce qui fait la marque d’un grand film.

Ce qui est très appréciable en plus de ça, c’est que malgré la dureté de son sujet et l’enchaînement de plusieurs scènes d’une injustice profonde, le film est très loin d’être glauque ou déprimant. Un peu comme « La vie est belle » de Roberto Benigni, c’est un film très clair, devant lequel on se laisse charmer par les décors et l’humour qui se dégage de beaucoup de moments. Alors que je ne m’y attendais pas du tout, je me suis surpris à sourire, et même rire un peu devant l’improbabilité de certaines scènes. J’ai été aussi émerveillé devant la poésie que dégage le film. Devant la beauté de toutes ces femmes. Devant une partie de foot magique et triste à la fois. En écoutant ces chants qui donnent des frissons. Puis toutes ces belles couleurs et le tout est solidement soutenu par une des plus jolies photographies de l’année 2014. Oui, « Timbuktu » est une merveille à regarder.

Mais bizarrement, au milieu de toute cette magnificence, je reste surpris de ne pas avoir été touché par le parcours des personnages. Je ne dirais pas qu’ils m’ont laissé de marbre, non, ce n’est pas ça. Alors que tout est parfait ou presque, que les personnages sont beaux, je ne peux pas dire que j’ai pu ressentir de vraies émotions par ce qu’ils leur arrivaient. Les situations, les injustices, ou encore les propos m’ont marqué, m’ont énervé, même révolté, mais pas les personnages, ce que je trouve surprenant, car c’est bien la première fois que ça m’arrive. Je ne peux même pas mettre en cause les comédiens choisis, car il n’y a aucune fausse note dans ce casting et chaque acteur ou actrice est exceptionnel. Vraiment, les émotions que j’ai pu ressentir, pendant ce film, viennent uniquement des événements et dans un sens, je suis un peu déçu sans trop savoir le pourquoi. Mais comparé au reste du film, à son intensité, sa profondeur et son message, ne pas être touché par les personnages reste à mon goût dérisoire, puisque dans le fond, c’est un film que j’ai beaucoup aimé.

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« Timbuktu » est donc la dernière très belle surprise de cette fin d’année 2014. C’est un film dur, profond, qui dénonce avec beaucoup de courage. C’est un film qui apporte avec lui un très beau message de paix. Le réalisateur arrive avec brio à nous faire rire et passer un très beau moment devant un film au sujet peu joyeux. « Timbuktu » est un film à voir et revoir et qui mérite très largement son joli succès en salle.

Note : 17/20

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Par Cinéted

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