octobre 26, 2020

Va, Vis et Deviens

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De : Radu Mihaileanu

Avec Yaël Abecassis, Moshe Agazai, Roschdy Zem, Mosche Abebe

Année: 2005

Pays: Belge, Italie, Israël, France

Genre : Drame

Résumé :

En 1984, des milliers d’Africains de 26 pays frappés par la famine se retrouvent dans des camps au Soudan. A l’initiative d’Israël et des Etats-Unis, une vaste action est menée pour emmener des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël.
Une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. L’enfant arrive en Terre Sainte. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur que l’on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l’amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés.

Avis :

C’est le second film que je découvre de Radu Mihaileanu. Pour l’instant, je n’ai vu que « Le concert » un film que j’aime bien. Jetant un œil à la filmographie du réalisateur, mon attention s’est arrêtée sur ce film qui m’avait l’air intéressant de par son sujet. Sorti en 2005, le film avait trouvé son public, allant presque jusqu’aux six cent mille entrées. Le film s’inspire d’un fait historique que je ne connaissais absolument pas. Un fait qui fut plaisant à découvrir dans le cadre de ce film, qui s’est révélé être aussi prenant qu’instructif et ça c’est bien.

Bien avant « Le concert« , Radu Mihaileanu avait déjà le goût des histoires venant d’ailleurs. « Va, vis et deviens » raconte le destin épique et courageux d’un enfant. Un destin dramatique et malheureusement trop fréquent, que le réalisateur nous raconte de façon extraordinaire avec humanisme, générosité, mais aussi douleur et remise en cause. Radu Mihaileanu réalise un film courageux et nécessaire, qui prône la tolérance, sur une période peu connue de l’histoire du monde.

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1984, une mission est créée en secret. L’opération mise en place par Israël et les Etats-Unis, s’appelle Moïse et elle a pour but de rapatrier les juifs éthiopiens vers la terre sainte. Dans un camp, quelque part au Soudan, une mère chrétienne va alors se séparer de son fils. Le poussant à se déclarer juif, elle va le confier à une femme pour le sauver de la famine, la misère et la mort. Le petit garçon déclaré alors orphelin est emmené à Jérusalem. Il va alors être adopté par une famille de juifs français habitant à Tel-Aviv. L’enfant va grandir, avec des traditions qui ne sont pas les siennes, toujours dans l’espoir de revoir un jour sa mère. Mais plus il va grandir, plus le poids de ce secret va devenir difficile à porter, car comment révéler à ses nouveaux parents qu’il aime, qu’il n’est pas ce qu’il semble être, qu’il n’est ni juif, ni orphelin ?

Comment dire que Radu Mihaileanu a réalisé ici un grand film ? Car c’est bien ce que « Va, vis et deviens » est, un grand film. Le réalisateur nous livre un film bourré d’émotion, d’amour, de paix et de tolérance. Basé sur un fait historique, Radu Mihaileanu va construire un parcours hors du commun qui va s’étaler sur près d’une vingtaine d’années. De la fin de l’enfance à l’adulte d’une trentaine d’années, le réalisateur nous invite à suivre la vie de Schlomo, un enfant éthiopien séparé par amour d’une mère qui ne voyait aucun avenir pour son fils et que le destin va obliger à grandir bien plus vite que les autres enfants. L’histoire est belle et forcément touchante. Le film m’a beaucoup ému dans la simplicité avec laquelle il aborde ce destin. Sans superflu, sans tomber dans le pathos, un piège, qui au vu de l’histoire aurait été facile. Ici, Radu Mihaileanu ne fait que suivre et raconter ce parcours, sans vraiment incriminer tel ou tel parti. C’est avec beaucoup de subtilité et de réalité, qu’il livre une très belle ode de tolérance et d’amour. L’amour d’une mère pour son enfant, l’amour d’un peuple pour son pays, ses origines, l’amour d’une femme pour son homme, l’amour de parents adoptifs, l’amour dans tout ce que les sentiments ont de plus profond, d’ailleurs la fin de ce film m’a bouleversé avec ce dernier plan, à en donner des frissons dans tout le corps.

J’ai aussi adoré la façon dont le réalisateur dresse le portrait de l’être humain, capable de la plus belle des générosités, mais aussi d’un égoïsme incroyable face à la différence. Sans pointer du doigt, nous laissant seul juge de ce que l’on suit, le réalisateur va pourtant aborder avec la plus belle des réalités, la guerre, le racisme dans tous les sens du mot, la peur de la différence, l’intégration, la recherche de soi derrière le mensonge pour sa propre survie, ses origines. Le film aborde beaucoup et il ne se perd à aucun moment. Radu Mihaileanu sait exactement où il va et comment nous y emmener.

On notera une magnifique reconstitution dans chacune des époques et chacun des pays dans lesquels l’intrigue va se passer. Les décors sont travaillés que ce soit pour le Jérusalem des années 80, ou alors les camps du Soudan. Radu Mihaileanu a le souci du détail et c’est beau. Un souci qu’il a aussi dans sa mise en image, puisque c’est un film sobre, simple et superbe qu’il nous invite à regarder. « Va, vis et deviens » bénéficie de scènes extraordinaires, comme celle de la mère qui chasse son enfant au début, ou encore une autre terriblement prenante devant une école, les scènes de fête qui permettent de souffler un peu, et puis enfin, ce final, qui m’a tellement touché, que je ne fais qu’y penser. À la rigueur, je pourrais un peu râler sur la musique qui est parfois un peu trop présente, mais comme elle est belle, c’est vite oubliable.

Pour nous raconter cette histoire, Radu Mihaileanu s’est entouré d’un casting surprenant. La plupart de ces acteurs sont des inconnus. Des inconnus plus vrais que nature. À commencer par Meskie Shibru-Sivan, la mère du jeune garçon. L’actrice qui apparaît très peu au début du film est extraordinaire. Elle est touchante de bienveillance dans une scène pourtant horriblement dramatique. Les trois comédiens qui vont se succéder pour incarner Schlomo sont très bons, surtout Moshe Agazai qui joue le garçon à neuf ans. Je découvre aussi Yaël Abecassis, que j’ai trouvée épatante, c’est elle qui incarne la mère adoptive de Schlomo. Vraiment tous ces acteurs sont vraiment incroyables de justesse et il y en a d’autres encore comme Roschdy Zem bien sûr, puis celui qui joue le papy, ou la future femme de Schlomo.

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Après « Le concert » qui m’avait déjà beaucoup emballé, Radu Mihaileanu m’achève avec cette superbe fresque. « Va, vis et deviens« , c’est deux heures vingt d’émotions, d’amour, tellement d’amour, d’espoir, en fait, c’est deux heures vingt de vie, triste ou heureuse, de joie et de peine, bref, c’est magnifique. Un film à ranger, entre un « Good Bye Lenin ! » et un « La vie est belle« .

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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