octobre 27, 2020

Hôtel Transylvanie

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Titre Original : Hotel Transylvania

De : Genndy Tartakovsky

Avec les Voix de : Adam Sandler, Andy Samberg, Selena Gomez, Steve Buscemi

Année : 2012

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Bienvenue à l’Hôtel Transylvanie, le somptueux hôtel de Dracula, où les monstres et leurs familles peuvent enfin vivre leur vie, se détendre et faire « monstrueusement » la fête comme ils en ont envie sans être embêtés par les humains.
Pour l’anniversaire de sa fille, la jeune Mavis, qui fête ses 118 printemps, Dracula invite les plus célèbres monstres du monde – Frankenstein et sa femme, la Momie, l’Homme Invisible, une famille de loups-garous, et bien d’autres encore…
Tout se passe très bien, jusqu’à ce qu’un humain débarque par hasard à l’hôtel et se lie d’amitié avec Mavis…

Avis :

Qui parmi vous, bande de petits rigolos, connaît Genndy Tartakovsky ? Non ce n’est pas une recette ukrainienne à base de viande hachée crue, un ingénieur polonais ou l’assurance de faire plus de 100 points au Scrabble, mais bien un réalisateur.

À deux lettres d’être celui qui a transcendé le rythme hypnotique et lancinant au cinéma avec Stalker et Solaris, le russe se fait connaître, contrairement à son illustre confrère, par le biais de l’animation, et ce sur le sol américain, en développant plusieurs dessins animés cultes dès les années 90.

Samouraï Jack, c’est lui, Dexter (le vrai, le scientifique pré-pubère de notre enfance, pas le serial-killer qui passionne les foules en découpant des gens), c’est lui aussi, et l’immense mini-série Clone Wars (la vraie donc, pas la bouillabaisse de CGI qui pollue actuellement les écrans du monde entier), celle qui en quelques épisodes et très peu de dialogues mettait une claque monumentale à toute la prélogie, c’est encore lui. Un parcours sans fautes, immensément créatif, et des cartoons à l’animation exubérante ou décalée, dans un univers tout en angles proche du Cell Shading, loin du diktat disneyien des courbes et des silhouettes élancées.

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Autant dire qu’à l’annonce d’un long-métrage d’animation entièrement chapeauté par le russe au nom si compliqué à écrire, les cœurs se sont emballés, les mains se sont fait moites, et beaucoup ont compté les secondes avec la méticulosité d’un horloger atteint du syndrome d’Asperger. Et en apprenant quel serait le thème de ce futur essai sur grand écran, le sang des geeks n’a fait qu’un tour (ou deux à la rigueur, mais très vite alors). Pensez donc, la vie privée des grands monstres du cinéma sous la houlette du créateur de Dexter’s Laboratory, Dracula, le Loup-Garou, la Momie, le monstre de Frankenstein, réunis dans un hôtel à l’écart des hommes qu’ils craignent plus qu’ils ne terrorisent…

Las, ou presque, l’utilisation de l’image de synthèse aurait du nous mettre la puce à l’oreille. Comment retrouver le style angulaire si particulier de Tartakovsky avec des images numériques qui semblaient assez peu différentes du tout venant Hollywoodien ? Et effectivement, si l’animation exagérément cartoonesque est du plus bel effet, le visuel général reste trop consensuel, et surtout le design des personnages semble recyclé des productions précédentes. Le héros a de très gros airs du Linguini de Ratatouille, la fille de Dracula ressemble fortement à l’héroïne de Monstres contre Aliens, la momie au Blob qui l’accompagne, et la femelle Gremlin rappelle bien trop la secrétaire de Monstres et Cie. Quand aux zombies, difficile de passer après l’excellent L’Étrange pouvoir de Norman, ils sont strictement identiques.

Tout ça ne serait qu’une légère déception, si le reste du métrage faisait honneur à la folie visuelle et la minutie rythmique du russe. Mais là encore le bât blesse, les gags sont principalement basés sur le dialogue, sur une frénésie dans l’action et les situations qui frôlent l’épilepsie, et surtout le scénario a laissé de côté les fils pour s’emparer d’une véritable corde blanche, laissant le spectateur deviner chaque scène plusieurs minutes à l’avance. On a donc droit à la sempiternelle rencontre de deux mondes, avec héros introduit dans un univers totalement étranger et hostile (ici, un routard aventureux s’incruste dans l’Hôtel du titre, forçant Dracula, en pleine organisation de l’anniversaire de sa fille, elle-même désireuse de découvrir le monde des humains, à le cacher aux yeux des invités pour ne pas perdre la face, et sa progéniture par la même occasion), quiproquos, conflits, et réconciliation finale.

On ne s’ennuie pas, certes, l’ambiance générale est festive, et l’on sent une vraie tendresse pour ces légendes de l’horreur, qui s’avèrent plus aimées que craintes par les cinéphiles de tous âges, mais la sauce ne prend jamais totalement. Les qualités structurelles du travail de Tartakovsky, toujours en recherche de ruptures de rythme, sont ici étouffées par un nivellement consensuel constant. Le film se divise en deux parties bien distinctes, la première frénétique et épuisante, ne laissant même pas au spectateur le soin de digérer chaque gag et chaque idée, la seconde inspirée mais balourde et peu originale, même pas sauvée par une subtilité émotionnelle discrète.

C’est d’autant plus dommage que les thèmes sous-jacents sont intéressants (accepter le changement, ne pas rester sur des aprioris et ne pas avoir peur du regard des autres) et que, une fois n’est pas coutume, le casting vocal (original, bien entendu, on ne répétera jamais assez l’importance de voir les films d’animation en VO) est impeccable. Pourtant ce n’était pas gagné, ni Adam Sandler (Dracula), ni Andy Samberg (Jonathan le héros), ni Kevin James (Frankenstein) et encore moins Selena Gomez (Mavis la fille de Dracula) n’étant connu pour faire l’unanimité. Pourtant ici personne ne tire la couverture à soi, et l’on a toujours l’impression que les doubleurs servent le film et pas le contraire, la brochette étant complétée par le toujours excellent Steve Buscemi en Loup-Garou père de famille dépressif.

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Maigre consolation pour un film qui suscitait autant d’attente, et qui s’avère in fine assez éloigné des qualités et de la sensibilité de son auteur, se terminant, après une histoire linéaire heureusement ponctuée de coups d’éclats réjouissant (tels les déboires du héros aux prises avec un Quasimodo promu cuistot cannibale), sur un final musical post-Shrek assez gênant.

On essaiera d’oublier ce coup d’essai cinéma, et en attendant un futur projet qui, on l’espère, ressemblera plus à son réalisateur et ses trouvailles visuelles.

Note : 11/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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