octobre 26, 2020

Respire

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De : Mélanie Laurent

Avec Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré, Claire Keim

Année : 2014

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Charlie, une jeune fille de 17 ans. L’âge des potes, des émois, des convictions, des passions.
Sarah, c’est la nouvelle. Belle, culottée, un parcours, un tempérament. La star immédiate, en somme.
Sarah choisit Charlie.

Avis :

Il y a tout juste trois ans maintenant, Mélanie Laurent nous livrait son premier film, « Les adoptés« . Un film qui posait un beau regard sur une famille et sur un drame bouleversant qui allait changer leur vie. Le film était simple, naturel et touchant. Cette année, la jeune réalisatrice nous revient avec « Respire« , un deuxième film ovationné au dernier festival de Cannes et qui confirme toutes les promesses que Mélanie Laurent avait pu nous laisser espérer dans ses différents courts métrages et avec son premier long métrage. « Respire » sera donc encore un drame, bouleversant, qui une fois sorti de la salle, va commencer à vous suivre et hanter vos pensées. Personnellement, je ne m’attendais pas à un film de cet acabit et j’en suis ressorti les jambes coupées.

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Charlie, dix-sept ans, une jeune fille comme les autres. Ni trop populaire, ni trop impopulaire, elle traverse ses années lycées sans encombre. Elle a pour meilleure amie Victoire, une jeune fille quelque peu coincée. Et mis à part les disputes incessantes de ses parents, fraîchement divorcés, Charlie n’a aucune ombre qui vient assombrir son parcours.

Puis, un matin comme un autre, en plein cours, la proviseure du lycée fait irruption dans la salle pour venir leur présenter Lisa, une nouvelle élève. Entre Charlie et Lisa, le courant passe immédiatement. Très vite, les deux étudiantes sont inséparables et passent le plus de temps ensembles. Puis Charlie, avec l’accord de sa mère, invite Lisa à passer les vacances avec elle. Mais ce qui s’annonçait peut être comme les meilleures vacances de la vie de Charlie, vont être gâchées pour une parole mal placée de la jeune fille. Après ces vacances, l’amitié qui liait Charlie et Lisa sera bien entachée et la vie de Charlie va radicalement changer.

Mélanie Laurent est une force de travail. La jeune s’essaie à tout et après la comédie, la photographie, la chanson, elle a enfin passé avec justesse le cap de la réalisation. « Les adoptés » était un très bel essai et j’attendais avec curiosité le second film de la jeune réalisatrice et comme à son habitude, Mélanie Laurent n’a pas perdu son temps et entre deux tournages, l’actrice a eu le temps de réaliser « Respire » qui est l’adaptation d’un livre d’Anne-Sophie Brasme qui avait beaucoup touché Mélanie, voilà plusieurs années. Et aux vus de l’histoire que la cinéaste nous raconte, on ne peut que comprendre pourquoi, puisque le film continue de me poursuivre bien après son visionnage.

Après avoir parlé de la famille, Mélanie Laurent s’intéresse donc à l’adolescence et les tracas de cette dernière. Période plus ou moins difficile dans la vie de toute personne, l’adolescence est un cap qu’il nous faut passer et qui va définir en grande partie les adultes que nous serons plus tard. C’est avec ce thème, ces actrices superbes (j’y reviendrais plus tard) et le livre d’Anne-Sophie Brasme, que Mélanie Laurent va peindre le portrait d’une adolescence plus vraie que nature dans un drame aussi sensible qu’il est violent. Le scénario est électrique et le film captivant. Très différent de ce que je m’étais imaginé, « Respire » a su me surprendre pour m’emporter dans son vent de fraicheur et de noirceur.

Comme pour son premier film, la réalisatrice répète le même schéma, en nous livrant un film en deux parties. La première est très lumineuse, avec beaucoup de complicité et de joie de vivre. Mélanie y dresse un très beau portrait de l’amitié en général et nous entraine au plus près de ces deux filles qui se découvrent, s’éclatent et se font une confiance absolue. Puis une fois les vacances passées ensembles, c’est un tout autre film qui s’ouvre à nous. Un film radicalement plus noir, inquiétant même. Mélanie Laurent joue avec l’oppression des décors, du son et du quotidien de ses personnages pour nous mettre mal à l’aise. « Respire » devient presque asphyxiant et son titre va prendre peu à peu tout son sens. La jeune réalisatrice fait monter la tension, (physique, mentale, visuelle et même sexuelle), et aborde la vengeance et le bizutage. Alors que le film aurait pu être conventionnel et tomber dans ce qu’on a déjà vu et revu, Mélanie Laurent part plus loin et va explorer d’autres pistes scénaristiques auxquelles on ne s’attend pas. « Respire » est manipulateur, il joue avec nous et c’est sans crier gare qu’il nous amène à son final marquant.

Comme pour son premier film, on remarquera encore le travail de Mélanie Laurent derrière sa caméra pour nous fournir de belles images. « Respire » dégage comme « Les adoptés » de la créativité, de l’envie, des idées et démontre encore une fois l’envie de la réalisatrice à vouloir allier une histoire forte et une force visuelle captivante. Elle embellit chaque scène avec une lumière travaillée, qui va décliner au fur et à mesure que son récit s’assombrit. Sans même qu’on s’en rende compte, le film, au départ solaire, va devenir crépusculaire et l’on appréciera la subtilité de sa réalisatrice.

Comme je l’écrivais plus haut, Mélanie Laurent s’est entourée d’un casting fabuleux. Ses deux actrices, pour qui elle a écrit les rôles, sont de vraies révélations pour moi. Joséphine Japy, qui tient le rôle de Charlie, est incroyable de retenue dans l’incompréhension de ce qui arrive à son personnage. L’actrice nous fait passer toutes ses questions, toutes ses frustrations et même jalousies en un geste, un regard ou un silence. Mélanie Laurent nous présente une jeune actrice puissante qui avait déjà fait sensation. Oui, du haut de ses seize ans, France Gall dans « Cloclo« , c’était elle. Puis il y a Lou de Laâge, démon au visage d’ange. Elle joue la manipulation à la perfection. Elle est perturbante, elle est dérangeante et en même temps tellement angélique en apparence qu’on lui laisse toujours une dernière chance. Elle nous mène complètement par le bout du nez et le pire dans l’histoire c’est qu’on est au même niveau que les autres personnages et l’on se fait toujours avoir. Bref, Lou de Laâge crève l’écran dans une grande leçon de manipulation. C’est avec plaisir qu’on se détend avec une Isabelle Carré aussi drôle que touchante, qu’on s’étonne devant une très courte scène de Carole Franck et qu’on sourit à presque toutes les apparitions de Roxane Duran dans le rôle de Victoire, la meilleure amie, la vraie. A noter une petite apparition pour Marie Denarnaud et Anne Marivin.

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Mélanie Laurent passe donc le premier cap du deuxième film aussi réussi que le premier. Malgré une ressemblance dans leur structure narrative, « Respire » est un film très différent des « Adoptés« , c’est un film plus sombre, plus dur, voire même choquant. Je suis ressorti de la salle sans voix, aussi surpris par l’intrigue que son final.

Avec « Respire« , Mélanie Laurent promet encore plus que son premier film et maintenant c’est avec une impatience terrible que je vais attendre son prochain projet.

Note : 16/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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