février 25, 2021

Saint Laurent

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De : Bertrand Bonello

Avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Léa Seydoux, Louis Garrel

Année : 2014

Pays : France

Genre : Biopic

Résumé :

1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Avis :

Il y a cinq ans maintenant, deux projets sur « Coco Chanel » avaient vu le jour, l’un assez classique par Anne Fontaine et l’un beaucoup plus esthétique réalisé par Jan Kouen. Et bizarrement, nous voici en 2014 avec la même situation, puisque cette année sortent deux films sur l’immense couturier qu’est Yves Saint-Laurent, et le schéma se reproduit encore une fois, puisqu’en début d’année, un premier film linéaire réalisé par Jalil Lespert est sorti et qu’un peu plus de neuf mois après arrive un nouveau film signé cette fois Bertrand Bonello et ce film sera un magnifique choc esthétique aussi beau à regarder qu’à suivre.

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Yves Saint-Laurent est un grand couturier qui a révolutionné la femme et l’élégance française. Mais dans sa douloureuse quête de l’élégance, le couturier est en proie à des démons. L’alcool, les fêtes, la célébrité et l’amour vont alors jouer un rôle important dans cette époque en pleine révolution, et contribuer à cette sombre, vertigineuse et très belle descente en enfer de la part d’un artiste torturé et révolutionnaire.

Yves Saint-Laurent, génie de l’élégance, ses robes et ses tenues ont révolutionné une partie de la femme et il était évident que l’homme à la vie privée fascinante finisse un jour ou l’autre par attirer les curiosités de différents réalisateurs.

Et après la jolie version de Jalil Lespert, voici donc qu’arrive la version plus psychédélique de Bertrand Bonello. Impossible de parler de Saint-Laurent, sans parler du film de Lespert et la première chose qui me vient en tête, c’est que même si j’ai une préférence pour l’univers et le caractère que dégage le film de Bonello, je dois dire que je trouve les deux projets très complémentaires l’un de l’autre et à eux deux, ils nous offrent un beau portrait de cet homme, de sa vie et de son histoire et de son œuvre.

Bertrand Bonello m’avait mis une belle claque avec « L’Apollonide – souvenirs de la maison close » et j’attendais son prochain film avec une certaine impatience. Au départ, je n’étais pas spécialement enthousiaste à l’idée de deux films sur Saint-Laurent, mais j’avais oublié l’espace d’une minute le talent et l’esthétisme fou qu’est capable Bertrand Bonello et à la découverte de la bande-annonce, le film fut l’une de mes plus belles attentes de l’année et le résultat est certes un peu trop long, mais sublime à regarder, un vrai choc esthétique aussi beau, intense et sombre que la personnalité de Saint-Laurent lui-même.

Plus déconstruit que le premier film, cette version de « Saint-Laurent » que Bonello met en scène, va être une très belle leçon de cinéma, aussi chaotique que l’était la vie du couturier. « Saint-Laurent » est un film que j’ai trouvé fascinant du début à la fin. L’histoire, enfin la période qu’a choisi de nous raconter le réalisateur (1966-1976) est magique. Le scénario est finement écrit, avec beaucoup d’ambiguïté, c’est ce qui rend le film passionnant. Le film, qui a quelques longueurs, c’est vrai, surtout dans sa dernière partie, reste impeccable et glaçant à la fois. Le réalisateur, à force de détails, va tisser un portrait sensible, humain, et sans langue de bois, de cet homme et nous emporter avec lui dans sa quête fascinante. Ce qui m’a ébloui dans « Saint-Laurent« , c’est la recherche de l’esthétisme appuyé de Bonello. Le film est beau, chaque plan est une œuvre sublime qui dégage tant de caractère. Les couleurs, la photo, les décors, les costumes, comme les cadres et les angles, tout est incroyablement travaillé et fascinant à regarder. Et ce qui est génial, c’est que tout l’esthétisme du film n’écrase pas du tout le film. Bonello en maître a su marier l’histoire et les images de son film pour faire un très beau film, aussi intéressant à suivre que fascinant à regarder. Ce que j’ai beaucoup aimé aussi, c’est que « Saint-Laurent » jouit d’une ambiance décadente et rock’n’roll, une ambiance un peu folle. Et cette folie, mélangée au chaos est peut-être le piquant qui manquait un peu à l’œuvre de Lespert. La bande originale d’époque que Bertrand Bonello a choisie est un bijou pour les oreilles. Les chansons, les scènes de boites de nuit, les scènes de soirées sont démentes et réalistes. Comme l’époque à laquelle le film évolue. « Saint-Laurent » sent le travail en amont de son réalisateur.

Si Pierre Niney était bien en YSL, Gaspard Ulliel est tout simplement démentiel dans la peau de Saint-Laurent. L’acteur qui se faisait rare ces derniers nous fait un sacré beau retour. Agaçant, mais drôle, sensible et touchant, Gaspard Ulliel n’avait pas été aussi bon depuis un bout de temps. Pour l’accompagner dans ce magnifique défilé, Ulliel est entouré d’un putain de casting aussi dément que lui-même. Léa Seydoux est excellente. Pierre Berger est joué par Jérémie Renier, qui est lui aussi sacrément bon. Bonello en fait un portait plus sombre d’ailleurs que dans le film de Lespert et ce n’est pas pour me déplaire, car bizarrement, il me parait plus juste. Puis il y a Louis Garrel qui joue Jacques de Bascher, l’amant tumultueux de Saint-Laurent et l’acteur ressort vraiment. Sexy, charmant, désuet, c’est un peu l’incarnation de la tentation. Je l’ai beaucoup aimé dans ce rôle.

Par contre, là où j’ai eu du mal avec le film, c’est avec la présence de Helmut Berger. Non pas que l’acteur qui incarne Saint-Laurent plus vieux soit mauvais, loin de là. Mais Bertrand Bonello a choisi de ne pas vieillir Gaspard Ulliel et l’acteur qui ressemble comme deux gouttes d’eau au vrai Saint-Laurent m’a dérangé. En fait, c’est le changement d’acteur qui m’a dérangé et j’aurais aimé que ce soit Gaspard Ulliel jusqu’à la fin.

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Même si j’ai un faible pour le film de Bonello, surtout pour le rendu à l’image, incroyable, je ne dirais pas que cette version de la vie d’Yves Saint-Laurent est mieux que la précédente. Non, je dirais qu’elle est différente, et même si les deux films parlent de la même chose, ils sont aussi complémentaires qu’intéressants l’un que l’autre. J’ai aimé les deux films, et j’en ressors de ces deux œuvres avec la sensation d’en savoir infiniment plus sur cette légende de la mode.

Enfin et pour conclure, Bertrand Bonello a fait un très beau film hommage au couturier. C’est un délice visuel, une belle fable sur un homme torturé, qui n’a cessé toute sa vie de chercher « cette belle et douloureuse quête de l’élégance ». Bref, c’est un film malgré quelques longueurs à ne pas louper.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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